Chapter 6: La Conscience Acculée

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La vérité sur le « Plan Éclair » avait donné à Adèle une clarté nouvelle, mais aussi un fardeau. Louis n’était pas une victime collatérale ; il avait été délibérément sacrifié.

Les menaces de Duval, qui avaient semblé si effrayantes, prenaient maintenant une autre dimension. Il ne cherchait pas seulement à protéger sa réputation, mais une vérité d’État.

Adèle comprit qu’elle devait le pousser dans ses retranchements, le confronter avec la pleine connaissance de son secret. Elle rédigea une lettre courte, sans fioritures, à l’adresse du préfet.

« Monsieur le Préfet,

Je demande un ultime rendez-vous. Il s’agira de la vérité du “Plan Éclair”.

Adèle Girard. »

Elle envoya la lettre par coursier, s’assurant qu’elle lui serait remise en main propre. C’était un coup de poker, un pari risqué. Mais elle savait que le nom de l’opération secrète agirait comme un détonateur.

Deux jours plus tard, la réponse arriva. Un court message, laconique, confirmant le rendez-vous. Ce serait un soir, après les heures de bureau, dans son bureau désert.

Le rendez-vous était fixé pour la fin de la semaine. Les jours s’étirèrent, lourds de tension. Adèle passa ses heures à relire le carnet de Geneviève, à repenser aux mots d’Étienne Lacroix.

Elle se préparait mentalement à la confrontation. Elle ne devait montrer aucune faiblesse, aucune hésitation.

L’après-midi du rendez-vous, une pluie fine tombait sur la ville. L’atmosphère était lourde, le ciel bas. Adèle sentait une nervosité glaciale monter en elle.

Quand elle arriva à la préfecture, les couloirs étaient sombres et silencieux. Une seule lumière brillait, celle du bureau de Duval.

La porte était légèrement entrouverte. Adèle entra sans frapper, son cœur cognant dans sa poitrine.

Duval était assis derrière son bureau, plongé dans l’obscurité, seule une lampe de bureau projetant un cercle de lumière sur les papiers devant lui.

Il ne portait plus son costume impeccable, mais une veste de tweed, comme s’il s’était préparé à une longue nuit de travail. Son visage était pâle, ses traits tirés.

Il avait l’air épuisé, comme rongé par des années de nuits blanches et de décisions impossibles. Il semblait avoir vieilli de dix ans depuis leur dernière rencontre.

Il leva les yeux sur elle, un regard sans surprise. Ses yeux bleus, d’habitude si perçants, étaient cernés, emplis d’une mélancolie profonde.

« Je m’attendais à vous revoir, Madame Girard. Je savais que vous n’abandonneriez pas. »

Sa voix était plus rauque que d’habitude, dénuée de l’arrogance qu’elle lui avait connue.

« J’ai le droit de savoir, Monsieur le Préfet. La vérité sur mon frère. »

« La vérité… » Il laissa le mot résonner dans le silence de la pièce. « La vérité est un luxe que la guerre ne peut pas toujours se permettre, Adèle. »

Il l’avait de nouveau appelée par son prénom. Mais cette fois, le ton n’était pas menaçant. Il était empreint d’une sorte de fatalisme.

« Le Plan Éclair… Vous savez, n’est-ce pas ? »

Son visage était tendu, ses mains jointes sur le bureau. Il ne niait plus, il ne menaçait plus. Il était acculé.

« Je sais que Louis était la clé de cette opération vitale. Et je sais qu’il a été retrouvé avec une grave blessure à la tête, incapable de bouger, de parler. »

Adèle avança vers le bureau, les preuves en main. Le carnet de Geneviève était serré dans son poing.

« Je sais que vous l’avez pris en charge. Et je sais que vous avez ensuite orchestré cette infamie de la collaboration pour le déshonorer. »

Les mots étaient clairs, précis. Duval baissa la tête, le silence s’éternisant.

« Alors, vous avez tout compris. »

Son souffle était faible, ses épaules s’affaissaient.

« Dites-moi pourquoi, Monsieur le Préfet. Dites-moi pourquoi vous avez fait ça à Louis. »

Il leva les yeux, la fixant avec une douleur évidente. Adèle sentit qu’elle était sur le point de percer un secret qui le rongeait depuis des années, un secret qui l’avait transformé en cet homme brisé.

Il se leva, mais ses mouvements étaient lents, comme s’il portait un poids invisible.

« Asseyez-vous, Adèle. Ce n’est pas une histoire que l’on raconte debout. »

Il désigna une chaise face à lui, l’invitant à prendre place. Adèle s’assit, le cœur battant la chamade, prête à entendre la confession qui éclairerait enfin l’obscurité des années passées.

Le bureau était plongé dans une pénombre révélatrice. Les documents empilés sur la table, les décorations murales, tout semblait se fondre dans le même silence lourd.

Duval se frotta les tempes, comme pour chasser une migraine lancinante. Son regard se perdit dans le vague, revoyant sans doute des scènes enfouies.

« Le Plan Éclair… C’était notre espoir, Adèle. Notre seule chance de paralyser les Allemands avant le jour J. »

Sa voix était devenue un murmure, presque inaudible. Il commençait enfin à parler.

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