Chapter 7: La nuit du grand bassin

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La nuit était froide et humide sur le bassin nord du port. Le vent cinglant charriait des odeurs de mazout et de sel. Les phares des cargos lointains balayaient l’horizon.

Nous marchions en silence. Les hommes de Bartoli, des ombres discrètes, se déplaçaient avec une efficacité inquiétante. Moi, je les suivais, le cœur lourd de l’étrange révélation de Maître Gautier. Léonard ruiné ? C’était inconcevable.

L’entrepôt où Léonard Caron avait ses dernières affaires se dressait, massif et sombre, au bord de l’eau. Une lumière blafarde filtrait par une fissure dans la tôle rouillée.

Des volutes de fumée noire s’échappaient de l’arrière du bâtiment. Une odeur âcre de papier brûlé me piqua les narines.

« Il brûle des choses, » murmura l’un des hommes de Bartoli. « Ses archives, sans doute. »

La tension était palpable. Les hommes se positionnèrent autour de l’entrepôt, certains se fondant dans l’ombre des conteneurs empilés. Le quai était vide, à l’exception de nous.

J’aperçus des fûts métalliques, disposés en cercle près d’une pile de caisses en bois. Des flammes orange dansaient à l’intérieur, léchant les bords. Des papiers, des liasses de documents, étaient jetés sans ménagement dans le feu.

Je sentis un frisson me parcourir. Léonard fuyait. Il était en train d’effacer ses traces avant de disparaître.

Bartoli, son visage de pierre à peine visible dans la pénombre, me fit un signe de tête.

« C’est le moment, Henri. »

Nous nous avançâmes. Le grincement de mes chaussures sur le béton résonna dans le silence tendu. L’odeur de fumée devenait insupportable.

Léonard était là, devant les fûts en feu, jetant des poignées de documents dans les flammes. Sa silhouette était tendue, presque fébrile. Son visage était marqué par la fatigue et la défaite.

Il ne nous vit pas tout de suite. Il était trop absorbé par son auto-immolation symbolique.

Puis, l’un des hommes de Bartoli claqua la crosse de son pistolet contre une caisse en bois. Le bruit sec retentit dans la nuit.

Léonard se figea. Il se retourna lentement, les yeux écarquillés, ses mains pleines de papiers jaunis. Son regard croisa le mien, puis celui de Bartoli.

Une expression de résignation, de terreur froide, se dessina sur son visage.

« Henri, » dit-il, sa voix à peine audible. « Bartoli. »

Il savait pourquoi nous étions là. Il savait que c’était la fin.

Le vent souffla, faisant virevolter des cendres incandescentes des fûts. La lumière vacillante des flammes éclairait son visage fatigué. Il y avait des larmes de suie sur ses joues.

Il serra les papiers qu’il tenait. Un petit paquet, noué par une ficelle. Il ne l’avait pas encore jeté au feu.

Bartoli fit un pas en avant.

« On a des comptes à régler, Léonard. Des vieux comptes. »

Léonard secoua la tête. Ses yeux étaient fixés sur moi, comme s’il cherchait à me dire quelque chose d’important avant qu’il ne soit trop tard.

« Attendez, » dit-il, sa voix plus forte. « Henri… je dois te montrer ça. »

Il tendit le paquet de lettres qu’il tenait à la main. Ses yeux imploraient mon attention.

Je sentis une angoisse nouvelle m’envahir. Que pouvait-il y avoir d’aussi important qu’il risquait sa vie pour me le montrer ? Quel secret brûlait dans ses mains, pas encore réduit en cendres ?

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