Chapter 6: La confession sous contrainte

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Le crépuscule tombait sur la ville. Les réverbères s’allumaient un à un, jetant de longues ombres sur les rues pavées. Les hommes de Bartoli, deux silhouettes massives, s’approchaient discrètement de l’étude de Maître Gautier.

Je restais en retrait, caché dans l’obscurité d’une ruelle voisine, mon cœur battant à tout rompre. L’idée de voir cet homme trembler me donnait une satisfaction amère.

La porte de l’étude était déjà fermée, les rideaux tirés. L’une des brutes de Bartoli frappa trois coups secs.

« Maître Gautier ? » dit-il, sa voix grave étouffée. « Un message urgent du port. »

Un court silence. Puis j’entendis le cliquetis d’un verrou. La porte s’entrouvrit. Je distinguai la silhouette du notaire, son visage surpris.

Avant qu’il ne puisse dire un mot, les deux hommes entrèrent, le poussant à l’intérieur avec une force contenue. La porte se referma derrière eux dans un bruit sourd.

J’attendis, mes nerfs à vif. Quelques minutes plus tard, j’entendis des voix montaient, faibles, puis un cri étouffé, suivi d’un silence pesant.

Puis, une voix paniquée. C’était Gautier, sans aucun doute.

« Non ! Non, s’il vous plaît ! Je ne sais rien ! »

L’un des hommes de Bartoli sortit la tête de l’entrebâillement de la porte. Il me fit signe. J’hésitai, puis m’avançai.

L’étude était plongée dans une semi-obscurité. Maître Gautier était adossé à son bureau, livide, sa chemise froissée. L’un des hommes tenait son bras, l’autre, un couteau de marin. La lame scintillait froidement sous la lumière tamisée.

« Monsieur Caron, » dit le notaire, les yeux écarquillés, le souffle court. « Dites-leur de me laisser tranquille ! »

« Parlez, Maître, » dis-je, une dureté nouvelle dans ma voix. « Dites la vérité sur mon cousin. »

Il me regarda, puis les hommes, puis le couteau. Sa résistance s’effritait.

« Léonard… Léonard n’a plus un sou, » balbutia-t-il, les larmes lui montant aux yeux. « Il est ruiné, complètement ruiné ! »

Mon sang se glaça. Ruiné ? Léonard ? L’homme qui voulait me chasser de ma maison, si sûr de lui ?

« C’est impossible, » dis-je, sentant le sol se dérober sous mes pieds. « Il voulait juste ma maison ! »

« Non ! » cria Gautier, sa voix tremblante. « Il ne veut pas votre maison ! Il veut la vendre ! À n’importe quel prix ! »

Il montra une liasse de documents sur son bureau, des offres d’achat. Des prix dérisoires, à peine un tiers de la valeur réelle de la maison.

« Il a des dettes. Énormes. Des créances de guerre, des trafics qui ont mal tourné. Il doit de l’argent au port, à des gens… » Il jeta un regard apeuré vers les hommes de Bartoli. « Il doit de l’argent à tout le monde. »

« Il ne s’est pas enrichi avec les 450 000 francs ? » demandai-je, le souffle coupé.

Gautier secoua la tête frénétiquement.

« Il n’a jamais vu un centime de profit sur cette opération, monsieur Caron ! Tout ce qu’il voulait, c’était que la maison soit liquidée vite. Très vite. Pour payer ses créanciers. »

Le notaire s’effondra sur sa chaise, son corps secoué de sanglots.

« Il m’a forcé à antidater les papiers, à inventer les dettes… Il me devait une fortune. »

La nouvelle me frappa de plein fouet. Léonard, le spoliateur sans scrupule que j’avais dépeint, n’était qu’un homme désespéré, au bord de la faillite.

Mais pourquoi ? Pourquoi toute cette mascarade ? Pourquoi voulait-il me jeter dehors, si c’était pour vendre la maison à un prix dérisoire ?

Il y avait un autre secret. Un secret bien plus sombre, que Maître Gautier ne savait pas, ou ne voulait pas dire.

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